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La dentition mixte et sa Phase I

La dentition mixte et sa Phase I.

par  Dr Michel Champagne dmd, magd, ibo, cde

 Que vous suivez le patient depuis son enfance ou qu’il devienne patient durant sa dentition mixte, avec  l’arrivée ou à la présence des premières molaires permanentes, une attention toute spéciale doit être portée aux interférences occlusales initiant un problème de verrouillage. Tout verrouillage peut avoir des conséquences néfastes sur la position condylaire. On peut penser ici à une supraclusie excessive due à un manque de croissance verticale postérieure, une supraclusie due à une supra éruption des incisives, une infraclusie due à de mauvaises habitudes de respiration buccale (consultation en ORL possible), de suçage de doigt et/ou de déglutition, une occlusion croisée antérieure ou postérieure accompagnée d’une déviation des lignes médianes et tout décalage en antéro-postérieur. Le verrouillage signifie tout blocage au développement maximisé du complexe craniofacial avec comme solution le déverrouillage ou unlocking.

Le manque de croissance verticale postérieure se traite par stimulation de l’éruption molaire par appareillages souvent amovibles, préfabriqués ou individualisés. La supraclusie dentaire antérieure excessive se traite facilement, par exemple, avec un arc utilité d’intrusion. L’infraclusie avec ou sans suçage du doigt par exercices fonctionnels et appareillages amovibles (myobrace, face former, éperons linguaux, cage à langue, arc utilité inversé, etc.) mais attention car souvent le spécialiste en ORL doit être consulté avant toute intervention. L’occlusion croisée postérieure demande une attention spéciale car comme elle s’accompagne souvent d’une déviation des médianes, il faut évaluer les différences entre la dynamique et la position statique, la forme condylienne, la symétrie de l’arcade maxillaire et mandibulaire. Pour les médianes, une simple disclusion durant quelques minutes suffit souvent pour recentrer la mandibule lors du premier contact mais si cela ne suffit pas, il est toujours possible d’utiliser un Aqualizer pour une vingtaine de minutes ou 48 heures dans les cas plus sévères (ou autre technique de votre choix) pour permettre une déprogrammation. Suite à cette déprogrammation, l’évaluation de la vraie relation des maxillaires peut être réévaluée et la finalisation du diagnostic faite. L’occlusion croisée antérieure demande également une approche individualisée car il faut bien discerner la vraie Classe III de la pseudo Classe III, en se rappelant qu’une pseudo Classe III non traitée risque d‘évoluer vers une Classe III plus sévère. La pseudo Classe III se traite par mouvements dentaires simples accompagnés ou pas de développement transverse selon la nécessité (appareil amovible ou fixe pour basculer les incisives supérieures vers l’avant avec ou sans développement transverse). La vraie Classe III avec déficience maxillaire demandera une correction probable de la transverse  suivi de traction maxillaire avec masque facial et/ou un appareil amovible de type Frankel III ou autres car plusieurs possibilités existent.

                 

Nous n’avons pas discuté des cas de surplomb horizontal excessif de Classe II division 1 avec un maxillaire étroit de forme triangulaire. McNamara affirme que 80% des décalages de Classe II sont dûs à une rétrusion mandibulaire avec ou sans problème d’angulation des incisives supérieures. Le diagnostic sommaire est assez simple car il consiste simplement à guider la mandibule en position de canine Classe I, canine primaire ou permanente peu importe, et d’évaluer ou non la présence ou tendance à l’occlusion croisée postérieure et l’amélioration ou non du profil. Selon le cas, le développement transverse peut être requis suivi d’un avancement mandibulaire par la technique de votre choix. La notion de déverrouillage précoce ne doit cesser de nous hanter car plus les verrous sont levés tôt dans la vie du patient plus la croissance aura tendance à s’harmoniser. Il en va de même avec les malocclusion de Classe II division 2 qui présentent normalement des problèmes de dimension verticale et de dimension antéro-postérieure.

       

De nos jours, le choix des appareillages efficaces fixes ou amovibles est tellement vaste qu’une infolettre ne peut aborder le sujet de façon exhaustive. Je veux simplement vous mettre en garde contre une prise de données insuffisantes, un dossier incomplet qui conduiront à un diagnostic et plan de traitement probablement erronés. Également de nos jours, il est impensable et non professionnel de mettre de côté l’évaluation dynamique et statique de l’occlusion, de la musculature et également la position des condyles même chez le patient en dentition mixte.

Dans notre prochaine infolettre, nous aborderons la notion de Phase I en dentition permanente et nous verrons que cette notion de Phase I s’applique même à l’âge adulte.