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Compensation dento-alvéolaire en correction de Classe II

Compensation dento-alvéolaire en correction de Classe II

Dr Michel Champagne, BA, DMD, MAGD, IBO, CDE, Fellow Académie dentaire du Québec

Il est reconnu qu’il est impossible de faire croître une mandibule, et ce tant chez l’enfant que chez l’adulte (Cochrane Database of Systematic Reviews 2018, Issue 3. Art. No.: CD003452. DOI: 10.1002/14651858.CD003452). Certes le déverrouillage est possible, ce qui permettra l’expression maximale du potentiel de croissance de l’individu et sans doute un léger repositionnement de la mandibule dans l’espace et par conséquent une diminution de la rétrusion mandibulaire. La quantité de repositionnement est toujours incertaine et nous le prendrons comme un cadeau de la nature. J’estimerais ce repositionnement, et ce sans base scientifique, à 2 mm maximum.

D’où vient donc la balance de la correction? Le plus probable est que cette correction de la compensation dento-alvéolaire i.e. un glissement de des arcades dentaires sur leur  base osseuse avec une légère bascule i.e. une perte de torque des incisives. La question reste à savoir ce que nous sommes prêts à accepter comme compensation.

Le Dr Carlos Mir de l’université d’Alberta, auteur de quelques 350 articles et co-éditeur de 8 manuscrits d’orthodontie (il ne mnaque donc pas de crédibilité), affirmait dans une récente entrevue que nous ne devrions pas nous attendre à une réelle correction de la rétrusion mandibulaire quand la rétrusion est de plus de 6 mm. Si la rétrusion de Cl II se situe entre 2 et 4mm, il est probable de réussir, sinon ce sera du camouflage et il sera difficile de remplir tous les objectifs de traitement. La plus grande partie du camouflage se trouve au niveau des incisives inférieures. Plus le camouflage est plus grand, plus la stabilité en sera compromise. Mais comment définir un camouflage trop important?

Nous pouvons élaborer sur la logique suivante; la position initiale des incisives inférieures (/1) est sans doute en harmonie avec l’équilibre neuro-musculaire bucco-lingual i.e. que les /1 sont positionnées entre les forces centripètes des lèvres et joues et les forces centrifuges de la langue. Cette position est donc assez stable. Prenons comme exemple des /1, placées à 102 deg initialement, que le clinicien positionne par un mouvement de compensation à 105 deg. Ce léger changement sera probablement stable. Il n’en est pas de même si la correction déplace ces /1 de 90 deg à 105 deg, ce qui risque fortement de récidiver.

Il faut également tenir compte en parallèle de la position initiale incisive, la forme de la symphyse mentionnière (Figure 1 et 2). Une symphyse large va tolérer un peu mieux un changement de torque des incisives inférieures car ce déplacement se fera à l’intérieur même de la symphyse, éloigné des corticales buccale et linguale. Une symphyse étroite, quant à elle, ne tolère presqu’aucun changement. La forme de la symphyse est donc un autre facteur à considérer dans notre évaluation de la stabilité à long terme. Une symphyse large est plus souvent présente dans des cas ou l’activité de la musculature péri-orale, surtout le mentonnier, est faible ou normale.

Figure 1. Symphyse large.

Figure 2. Symphyse mince.

Pour obtenir ce fameux torque idéal incisif inférieur de 90 deg dans un cas de Classe II majeur par rétrusion mandibulaire, la chirurgie orthognatique demeure notre meilleure solution mais entre nous la majorité de nos patients vont opter pour un traitement de camouflage lorsque possible. À nous d’évaluer avec la connaissance des facteurs présents, si un tel camouflage a des chances de tenir.

Le vieil adage nous rappelle qu’il est plus facile de commencer un traitement d’orthodontie que de le terminer mais le garder stable est tout un défi.

Bonne orthodontie.